AFRIQUEDUCATION

Le capital Humain avant la croissance économique

On peut dire de l’école en Afrique qu’elle a fait d’énormes progrès depuis 50 ans à de nombreux niveaux mais l’on peut également dire qu’elle doit encore en faire beaucoup plus pour rendre ses enfants, collégiens et lycéens plus satisfaits de leur sort éducatif. En effet, des élèves dans des classes surchargées apprennent peu de choses  et ne se serviront jamais de ce qu’ils ont appris. Des étudiants mal formés iront grossir les rangs des chômeurs ou des mal employés urbains, amers d’avoir vu s’approcher  la société de consommation  et de n’avoir pu l’atteindre. Des Etats exsangues n’ont aujourd’hui pas les moyens  de faire fonctionner convenablement   le système actuel et encore moins de l’étendre.

Paradoxalement, l’Afrique noire apparait aujourd’hui comme sous-scolarisée (comparée aux autres continents) et sur-scolarisée (compte tenu de ses moyens et des possibilités d’emploi). Elle est de plus mal-scolarisée avec des systèmes éducatifs coûteux bien que ses établissements scolaires soient sous-équipés en NTIC par exemple. La coopération française a longtemps inspiré et soutenu le modèle éducatif africain francophone. Aujourd’hui, devant la montée des difficultés et les bilans critiques, elle milite pour un ajustement des systèmes éducatifs. beaucoup de questions se posent :

Faut-il étayer un édifice faute d’entretien et dont on peut se demander s’il est bien apte à rendre les services qu’on lui demande et que l’Afrique exigera demain de lui?    Faut-il tirer parti de la crise actuelle pour repenser  le système de fond en comble et rebâtir autre chose?  Notamment désétatiser une école que les Etats ne peuvent plus faire vivre? Pour repenser ce qu’elle enseigne?

La coopération française ne peut rester indifférente devant les problèmes  d’un système qu’elle a contribué à mettre en place et qui est, aujourd’hui, la clé de l’avenir des africains. Que peut -elle faire pour aider à la création d’une école nouvelle?

Une école normalement créatrice d’emplois

les fonctions d’un système éducatif sont à la fois, sociales, culturelles politiques tout autant qu’économiques. l’appareil éducatif est un filtre des intelligences et des reproductions sociales mais également un moule qui développe des aptitudes. Sur le plan économique, il exerce des effets positifs sur la productivité et les revenus et est axé dans les pays de rente  vers l’emploi direct. Mais l’enseignement apparait ainsi comme un investissement et pas seulement comme un bien de consommation. Effectivement, son impact dépasse largement celui de la formation pour le travail productif salarié ou non. Il valorise le patrimoine culturel et construit l’identité nationale et régionale. Ces différents effets dépendent  du contenu de la formation, des structures sociales et du système productif. L’école est un support et non un contenu.

Nombre de diplômés en Afrique subsaharienne

AAEAAQAAAAAAAAjBAAAAJDA5ZjkzZjU1LWVjODMtNDBmYi1iNmUzLWQ2MDFmMzNmMDQzMg

La crise  de l’éducation et de l’emploi est le reflet  de la profonde crise économique et sociale que connait aujourd’hui l’Afrique noire. La course aux diplômes se fait dans un contexte de tarissement des rentes. l’enseignement est un moyen d’accéder à des postes de pouvoir et de captation mais également de redistribution communautaire de la rente. Il se développe en rupture avec la productivité interne mais aussi dans un contexte d’ouverture extérieur où les écarts de revenus s’élargissent.

La question de la création d’emplois est la plus fondamentale et la plus complexe. Les réponses qu’il est possible d’apporter aux désajustements entre l’éducation et l’emploi se situent au niveau du système productif et des variables démographiques. L’Afrique noire reste une économie de rente qui a du mal à enclencher un processus d’accumulation durable de productivité et cette dernière demeure une condition nécessaire pour permettre une gestion de la croissance démographique. Dans ce contexte de volonté de création d’emplois, il faut privilégier les PME/PMI/ETI et les investissements générateurs d’emplois.

Les appuis spécifiques à l’enseignement

Des axes de politiques spécifiques peuvent être proposés aux pays. Il s’agit de hiérarchiser les objectifs éducatifs, de prendre en compte les contraintes et de voir celles qui peuvent être desserrées et d’optimiser les moyens.

Faut-il réaliser un enseignement de masse ou d’élite, privilégier la formation de base ou supérieure, chercher à réduire les inégalités sociales ou spatiales ou renforcer les dynamiques existantes? La réponse à ces questions est politique. Si l’on veut lutter contre la pauvreté, il semble important d’agir sur les services éducatifs en lien avec celle-ci : éducation de base ou primaire, apprentissage et enseignement technique et professionnel dans les secteurs clés du pays, scolarisation des femmes, formation en cours d’emploi dans l’informel…

Dans ce contexte, il est nécessaire de développer au niveau du secondaire professionnel et technique  et du supérieur des systèmes alternés  et de lier les entreprises au système de formation. L’éducation en Afrique doit avancer de paire avec le tissu industriel et économique pour réussir. Il existe des moyens  humains, des moyens financiers et une aide structurelle qui doit être plus importante aujourd’hui qu’elle ne l’est de la part de la France en direction des pays africains pour la réussite de l’ajustement de leurs systèmes éducatifs.

La question aujourd’hui n’est pas de savoir combien d’élèves sont ou ont été scolarisé mais plutôt de savoir combien d’élèves, sortant du système,   ont acquis des compétences opérationnelles? Quelles compétences? combien de compétences? Ou encore combien les investissements financés dans l’éducation ont-ils produit de compétences chez combien d’élèves? En posant ces questions, j’ai conscience de privilégier une lecture économique de la dynamique éducative africaine, mais il faut tout de même savoir que l’Afrique noire réalise plus de 18% de dépenses publiques dans l’éducation par an en moyenne contre 15% pour d’autres régions en développement.

Pour finaliser les cycles d’enseignement, il est important de mettre en lien les cycles les uns aux autres (primaire, secondaire et supérieur). Il faut dépasser les cloisonnements et faciliter la communication entre le rural et l’urbain, le traditionnel et le moderne entre le public et l’entreprise comme je l’ai indiqué plus haut. L’école africaine est capable aujourd’hui, d’améliorer la qualité et la variété des savoirs que les élèves et les étudiants apportent à leur communauté.

Un autre débat, cruciale pour l’Afrique Noire, est celui de la formation professionnelle.

Conclusion

Ce n’est pas tant l’école en tant qu’elle représente un lieu d’éducation , d’ouverture à l’universel, qui est mise en cause, mais davantage son mode d’organisation, de gestion et ses objectifs. Plus que jamais, le développement intellectuel et professionnel de la jeunesse d’un pays est en étroite interdépendance avec le développement économique et culturel. A l’époque, où il est question de nouvelles organisations sociales  , davantage marquées par les valeurs démocratiques, il devient essentiel que les responsables africains continuent à travailler au repositionnement des systèmes éducatifs dans leur société. Souhaitons que les responsables africains puissent ainsi engager, de façon originale et intrinsèque, les nécessaires transformations pour que la jeunesse, mieux formée devienne davantage un atout et une ressource pour le développement plutôt qu’une source de troubles et de désordres sociaux.

Pierre Vaudelin

https://www.linkedin.com/profile/edit?trk=nav_responsive_sub_nav_edit_profile

Publicités